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Urgence sanitaire en RDC : l'épidémie d'Ebola s'aggrave de jour en jour

il y a 1 jour
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L'épidémie d'Ebola qui sévit dans l'est de la République démocratique du Congo continue de s'étendre de manière préoccupante.

Selon les derniers chiffres publiés par l'Institut national de santé publique (INSP), le nombre de cas confirmés a atteint 8 116, soit une augmentation de plus de 2 000 cas en un seul mois, pour un total de 3 924 décès depuis le début de l'épidémie. Il s'agit de l'épidémie la plus meurtrière jamais enregistrée dans le pays depuis la découverte du virus en 1976, et de la deuxième plus importante jamais recensée dans le monde.

Une létalité proche de 50 % et une transmission communautaire active

Selon les statistiques arrêtées à la fin du mois de septembre, le taux de létalité de l'épidémie atteint 48,3 %. Si 2 088 patients ont pu guérir et quitter les centres de traitement, 817 personnes demeurent hospitalisées ou placées en isolement. Le taux de suivi des contacts, qui n'est que de 75,9 %, connaît en outre une tendance à la baisse ces derniers jours, ce qui alimente les craintes d'une propagation accrue du virus.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a averti à plusieurs reprises que 60 à 70 % des décès liés à Ebola surviennent au sein des communautés plutôt que dans les centres de traitement. Autrement dit, un grand nombre de patients n'atteignent pas les structures de santé à temps, ou n'y reçoivent pas les soins nécessaires. Cette situation complique considérablement le travail de traçage des contacts : les autorités sanitaires ignorent parfois quelles personnes le défunt a pu côtoyer avant son décès.

L'épidémie est provoquée par le virus Ebola de la souche Bundibugyo, contre laquelle aucun vaccin ni traitement spécifique n'a été homologué à ce jour. Si l'épidémie a été officiellement déclarée le 15 mai, le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) estime que le virus circulait probablement dès le mois de février. La « fenêtre de transmission » d'environ trois mois séparant février de mai demeure, à ce jour, largement méconnue.

Une situation sécuritaire qui aggrave la crise sanitaire

La crise sanitaire se double d'une instabilité sécuritaire chronique dans l'est du pays, les deux phénomènes se nourrissant mutuellement.

Depuis le début de l'épidémie, plusieurs attaques ont visé des centres de traitement et des agents de santé dans les provinces de l'Ituri et du Nord-Kivu. Selon les autorités sanitaires locales, quatre centres de traitement d'Ebola ont été attaqués en Ituri, perturbant gravement la prise en charge des patients et exposant le personnel soignant à de graves risques. Quelques jours seulement après la déclaration de l'épidémie en mai, les centres de Rwampara et de Mongbwalu ont été pris pour cible, et les violences n'ont cessé de s'intensifier depuis.

Le fait le plus dramatique s'est produit le dimanche 27 septembre. Marie-Celestin Karondwa, présidente par intérim de la fédération de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti au pouvoir, dans la ville de Butembo (Nord-Kivu), participait à une émission radiophonique locale au cours de laquelle elle avait appelé la population à soutenir les efforts de prévention contre Ebola. À l'issue de l'émission, elle a été agressée : selon le communiqué publié par son parti, ses assaillants l'ont rouée de coups, ont pillé ses biens et incendié sa résidence. Elle a succombé à ses blessures.

L'UDPS a présenté Marie-Celestin Karondwa comme une « victime innocente, tuée pour avoir simplement défendu la position de son parti, à savoir reconnaître l'existence du virus Ebola et la menace qu'il représente pour la population ». Toutefois, selon RFI, l'émission à laquelle elle participait ne portait pas uniquement sur Ebola : elle y a également abordé plusieurs sujets politiques. Le mobile de l'attaque reste donc incertain, certaines sources évoquant la piste d'un différend de voisinage.

Des moyens de riposte déployés, mais entravés par l'insécurité

L'Organisation mondiale de la santé indique avoir porté la capacité de prise en charge de l'épidémie de quelques lits seulement, au début de la crise, à plus de 1 600 lits répartis dans 50 centres de traitement situés dans sept provinces. L'objectif est d'atteindre prochainement plus de 2 000 lits. La RDC a par ailleurs lancé fin août une campagne de vaccination avec le vaccin Ervebo, initialement conçu contre la souche Zaïre, mais qui a montré, lors d'expérimentations animales, des signes de protection partielle contre la souche Bundibugyo.

L'aggravation constante de la situation sécuritaire entrave néanmoins gravement les opérations. Selon les données du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies, 50 agents de santé ont perdu la vie depuis le début de l'épidémie. Dans la province de l'Ituri, près d'un million de personnes ont été déplacées par les conflits armés ; l'apparition d'un cas d'Ebola dans les camps surpeuplés de déplacés aurait des conséquences catastrophiques. Les activités des groupes armés dans la région rendent par ailleurs certaines zones totalement inaccessibles, créant autant de « angles morts » dans la riposte sanitaire.

Le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, avait averti que cette épidémie « se propage plus rapidement que toutes les précédentes ». Si la tendance actuelle se poursuit, elle « pourrait dépasser l'ampleur de l'épidémie qui a frappé l'Afrique de l'Ouest entre 2014 et 2016 ». Le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies a formulé un pronostic encore plus alarmant : sans mesures décisives, « l'épidémie pourrait durer plus d'un an et finir par devenir la plus importante jamais enregistrée ».


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